Apostasie

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Est-il possible de « quitter sa religion » quand on est musulman ?

Pour la réunion du 25.03.2026, par MPB

Je me suis appuyée sur les écrits de Sonya Zadig, dans son ouvrage : « Les enfants perdus de la République », publié en novembre 2025 chez Fayard, pour évoquer ce que vivent les musulmans, en France, quand ils quittent l’islam, et deviennent apostats. Vous savez qu’un apostat est une personne qui renie soit une doctrine, soit un parti, soit une religion. Ici, devenir apostat, est en plus, un choix politique ! En Islam, l’apostat devient non seulement un rebelle, mais un traître… Il craint donc que cette désobéissance ne vaille « la peine de mort ».
Néanmoins, on peut grandir dans un milieu de culture musulmane et ne pas suivre les principes de l’islam. Nul n’est contraint à se définir comme apostat.

Sonya Zadig , l’auteur de l’ouvrage, a une formation de psychologue et de psychanalyste ; elle étudie notamment la condition des femmes depuis plusieurs années.
Elle se décrit de culture musulmane, mais l’islam de sa famille était « folklorique », dit-elle. La fête de l’Aïd était l’occasion d’ouvrir une bonne bouteille autour d’un méchoui … Elle affirme cependant que les français d’origine maghrébine nés en France sont généralement plus religieux que ceux nés en Algérie, par exemple … Elle constate aussi que, dans ces milieux, la femme se voile de plus en plus.

Elle a eu l’opportunité d’avoir des entretiens, avec les membres d’un groupe, très actif sur la toile. Ce groupe se fait appeler « Le Cercle des Apostats ».

D’emblée, Sonya Zadig pose la question suivante :
Quel est le statut de l’islam ? : est-ce une religion ? une identité, une culture ? un lien social ? une vision du monde avec l’honneur familial niché dans la virginité des filles (comme osent dire ces dernières) … C’est tout cela à la fois. Elle rejoint là l’analyse de Bernard Rougier qui affirme que l’Islam, c’est à la fois une religion, une culture, une idéologie. Et les croyants se considèrent comme faisant partie de la oumma (leur communauté) avant d’être français.

Certaines femmes musulmanes apostats osent affirmer qu’il n’y a pas de spiritualité dans l’islam, mais qu’il s’agit d’un code civil destiné aux hommes.

Cette religion est surtout un marqueur identitaire et pour les femmes, le voile confirme cette identité. Elle est d’ailleurs une religion très exigeante pour les croyants qui la pratiquent avec rigueur : profession de foi - prières – jeûne – aumône – pèlerinage…
Devenir apostat, c’est s’affranchir de ces pratiques. Il s’agit donc d’un acte politique et ces personnes ont l’impression de prendre un risque vital en quittant l’islam. En effet, dans certaines régions, la « charia » tend à remplacer les lois de la République. Un islamiste inspiré par le djihad pourrait les assassiner.

La plupart des Apostats avec lesquels Sonya Zadig a communiqué (par le biais de l’application DISCORD) appartiennent à la deuxième génération d’immigrés, c’est-à-dire qu’ils - ou elles - sont né(e)s en France de parents nés au Maghreb ou en Afrique de l’Ouest. Ces personnes ne comprennent pas qu’elles puissent être menacées de mort en France, un pays laïque, et souffrent de la cécité de l’état qui ne les protège pas.
Leur apostasie doit donc rester secrète.

Et cette situation crée un vide !

Les apostats disent souvent qu’ils ne savent plus qui ils sont depuis qu’ils ont remis en cause la souveraineté religieuse de l’islam. Cela va les amener à devoir accepter une autre identité : « par exemple, je suis français, c’est mon identité », pourra dire un nouvel apostat.
C’est surtout une rupture violente avec le clan, la famille. Ces ex-croyants doivent oublier le « nous » dans lequel ils baignaient et se reconstruire pour acquérir le « je ». Et ce « je » est séparatif. Je me sépare de ma communauté ; je pense par moi-même au lieu de suivre le groupe, la famille, la communauté des croyants musulmans, c’est-à-dire la oumma. ! Les autres me regardent désormais comme un traître.

En effet, avouer son apostasie, c’est la mort sociale, même si la loyauté envers les parents demeure un impératif culturel difficile à transgresser ! C’est l’exclusion du groupe. Même si cet « exil intérieur », comme le désigne S. Zadig, se produit vers 20-25 ans, l’aveu de l’apostasie ne se produit guère avant l’âge de 30 ans voire 40 ans, tant il est difficile d’être reconnu comme sujet libre dans leur communauté.

Entrer dans une communauté comme le Cercle des Apostats leur ouvre un nouveau « nous ». Cette entrée les sécurise. Dans ce groupe, ils sont entendus et reconnus pour ce qu’ils sont. Ils s’y sentent protégés. C’est à la fois une famille de substitution et un nouveau statut « juridique » ! Et cela les aide à se détacher du groupe des croyants.
La revendication principale de ce Cercle est pourtant simple : la liberté de ne pas croire  ! En France, la liberté de conscience existe et est protégée par la République (loi de 1905).

Ces apostats affirment que dans les cités, les croyants se rapprochent majoritairement d’un islam rigoriste. Ils parlent d’ailleurs d’islamisation galopante de notre pays et évoquent le silence des dirigeants à ce sujet. Ils ne comprennent pas que l’Etat ne lutte pas contre l’installation de la « charia » en France, alors qu’elle tend à remplacer les lois de la République dans certains quartiers, voire départements.

Et n’oublions pas que tuer des apostats peut être considéré comme un ticket d’entrée pour le paradis par certains intégristes … Cette idée est très répandue. Certes, le Coran ne prescrit pas de peine terrestre (comme la peine de mort) pour l’apostasie, contrairement à un hadith qui dit « Celui qui change de religion, tuez-le ».

En fait, dans la religion musulmane, les croyants ne sont pas invités à penser, à réfléchir.
« Quand tu penses, tu quittes l’islam », affirme un apostat.
Les massacres de Charlie Hebdo en 2015 ont joué un rôle chez ces citoyens : ils ont généré un questionnement sur l’islam. Certains d’entre eux n’ont ni compris, ni admis qu’on puisse tuer au nom d’Allah. Pour l’un d’entre eux, l’élément décisif pour quitter l’islam a été d’entendre son oncle affirmer que les vérités scientifiques étaient « bidons ». "La terre est plate", affirmait-il. … Un médecin se rappelle que la croyance l’a freiné dans ses études universitaires car il pensait que ce qu’il apprenait était « péché » (hram).

Dans son livre, Sonya Zadig raconte le parcours d’une trentaine de femmes et d’hommes. (15 Femmes et 17 Hommes)
Pour cela, elle s’appuie sur des entretiens, …. semi-dirigés, dit-elle, (mêmes questions pour tous), des témoignages qu’elle a recueillis auprès de plus de deux cents personnes, (249), par le biais du Cercle des Apostats. Par sécurité, elle n’a pas rencontré ses interlocuteurs physiquement, et elle ne connaît ni leur visage, ni leur véritable identité. Elle ajoute que les demandes masculines ont été très nombreuses.

Dans ces témoignages, l’accent est mis sur le rôle de la mère  :
Dans les faits, dans la culture musulmane, les jeunes femmes semblent payer un lourd tribut … Leur destin ressemble presque toujours au destin de la mère elle-même. Et curieusement, c’est la mère qui transmet les règles du patriarcat, et qui contraint ses filles à reproduire ce qu’elle a subi… la violence…le voile… l’excision … la soumission à l’homme… La mère accepte la maltraitance de l’homme à l’égard de sa fille, et si le père est absent, ce sont les frères qui prennent le relais.

Ce contrôle permanent de la mère toute-puissante inclut l’injonction de virginité avant le mariage, injonction sociale et culturelle liée à la charia. Et cette fonction unique de reproduction est essentiellement transmise par la mère ! Fatou et Amina, par exemple, furent excisées très jeunes et voilées à 9 ans ! La protection de la virginité est une obsession. La relation mère-fille est très complexe et le lien souvent conflictuel, car ces mères se révèlent autoritaires et au besoin violentes.

En fait, la mère devient maltraitante à son tour ! Cette maltraitance subie en famille est très présente dans le discours de tous ces apostats, qu’ils soient femmes ou hommes.
De plus, les filles sont presque toujours contraintes à subir des mariages arrangés avec des hommes du pays d’origine ! Par contre, les hommes ont plus de libertés. Dois-je ajouter que l’épanouissement sexuel ne concerne que les hommes !

Quitter l’islam est vécu comme un véritable acte de liberté, pour les femmes, alors qu’il s’agit davantage d’une quête de sens pour les hommes.

Un apostat homme va jusqu’à affirmer que toutes les femmes devraient apostasier et il interroge : « Comment peuvent-elles s’accommoder d’une religion qui les méprise et les traite aussi mal » ? »
Se séparer de l’emprise psychique maternelle leur permettrait de devenir femme ! Mais la rupture avec la famille est généralement nécessaire pour qu’elles s’autorisent à avoir des idées différenciées … On retrouve « le dedans et le dehors ».

Un autre apostat précise que Saint-Denis est devenu un « ghetto innommable » pour les femmes, avec de plus en plus d’arrivants, musulmans pour la plupart, qui veulent appliquer la charia. L’individu doit s’effacer face au groupe, pour préserver l’ordre culturel de l’islam. (la charia est un système moral et juridique qui régit la vie des musulmans).
Et l’endoctrinement n’est pas que religieux, précise-t-il, il est aussi anti-français, anti-juif, bref, anti-occidental.

La légitimité du voile s’est construite, sur l’idée, que la femme, par sa séduction, peut faire dévier l’homme du « droit chemin ». Pourtant, ce sont les femmes, les mères, comme je le disais précédemment, qui tirent les ficelles et transmettent ces coutumes.
Ainsi, le placement à la DDASS de Yasmina, à 17 ans, lui a permis de se séparer de sa mère, d’accéder à une vie psychique différente de celle qui lui était imposée.

Ces mères sont encore plus violentes si leurs enfants, filles ou garçons se découvrent homosexuels : la plupart d’entre eux doit quitter le milieu familial pour s’autoriser à vivre cette orientation. L’homosexualité féminine n’est pas seulement taboue, elle est un « inenvisageable culturel ». (scotome en psychologie)

Avouer son apostasie à sa famille est toujours compliqué ! Norhan et Lofti, par exemple, ont été confrontés à une réaction violente de leurs parents quand ils ont voulu leur en parler … il y a eu le chantage de la mère, qui a fini par les exclure. Ainsi, en renonçant à sa foi, l’apostat s’exclut, non seulement de sa famille, mais aussi de sa communauté. Il arrive que cela débouche sur des menaces de mort sur les réseaux sociaux !
Sonya Zadig affirme : « Le drame des apostats est de devoir constater
 que, non seulement le renoncement à la foi les exclut du cercle de la famille, de la communauté, mais aussi,
 que dans le même temps, la oumma (communauté des musulmans) l’emporte sur l’amour maternel. »

Ces hommes et ces femmes font donc en sorte que leur apostasie reste secrète.

Quand un musulman envisage de quitter l’islam, quand il doute et réfléchit à sa situation, il se met à lire le Coran ! Avant cette étape, il n’éprouve pas le besoin de le faire.

Et lire le Coran devient est un acte révolutionnaire.
Car les musulmans ne connaissent pas vraiment leurs textes sacrés.
Ceci rejoint ce que nous disaient des chercheurs scientifiques ayant travaillé sur l’islam : Ghaleb Bencheick et Ahmed Djebbar qui parlent de l’inculture religieuse du croyant musulman « ordinaire ».
Les croyants ne connaissent que des paroles toutes faites qui servent à « enivrer », dit Sonya Zadig. Et nombreux sont les ex-musulmans qui découvrent leur ignorance au moment de cette sortie de l’islam !

Parmi les apostats, certains s’étaient convertis à l’islam dans un passé relativement récent. En effet, de nombreuses personnes, en quête de semblables sont attirées par cette religion ; ils y trouvent une communauté de frères … Les principes autoritaires leur plaisent … et les recruteurs sont efficaces. Les nouveaux convertis ont souvent eu un parcours de vie compliqué avant de devenir croyants. Les addictions aux drogues et le non-respect de la loi précèdent souvent leurs conversions.
"Entrer dans l’islam est facile", disent-ils.
Khaled, par exemple, affirme que l’Islam étant la vérité, il suffit de lire les textes et c’est tout … Il est facile d’y trouver des réponses à des questions existentielles… « Le cerveau n’a aucune utilité »…

Vivi, 26 ans, sportif, s’est converti car il a trouvé une religion d’accès facile qui a réponse à toutes ses questions… Difficile de se débarrasser de cet endoctrinement, véritable lavage de cerveau, par la suite …

Quelquefois, la conversion à l’islam permet de sortir de la délinquance, de la toxicomanie, d’aller vers une vie « bonne » (c’est le terme employé par S. Zadig). D’autres personnes sont attirées par l’offre identitaire islamique : les parents apprennent-ils suffisamment à leurs enfants à être fiers de leur identité française ?

Mais l’islam n’est plus uniquement un marqueur identitaire, il devient aussi un islam politique qui se rapproche de fait à la cause palestinienne. Certains politiques sont d’ailleurs imprégnés par l’idéologie islamique et voient les musulmans d’aujourd’hui comme la classe ouvrière d’hier »… affirme Charles, un ex-converti.

Abandonner l’islam et devenir apostat, permet parfois d’échapper au salafisme, … ou aux violences, et de se reconstruire suite à des héritages traumatiques, comme l’a fait Zahra, mère de cinq enfants.

Mais cette volonté reste toujours un arrachement existentiel. Car cette décision engendre de grandes souffrances : « Quitter l’islam est plus difficile que d’y entrer » !

Les apostats sont l’objet de menaces, d’attaques diverses. Larissa – Vivi- Leila – Karim en parlent … et ils sont nombreux à être amenés à porter plainte pour agression. La réponse habituelle de la police est : « Tais-toi ; fais-toi discret ! Evite de fâcher les musulmans ». Ils ont l’impression que personne ne les entend.
Tous sont choqués par le silence des dirigeants politiques (Leila – Karim), et évoquent l’islamisation qui se développe ! La colère contre l’état français qui ne les entend pas est sous-jacente.

Dans leur nouvel isolement, ces apostats connaissent l’angoisse : sortir d’un "MOI collectif"…. et se réapproprier le "JE" est difficile. Nombreux sont ceux qui sont soignés en clinique pour dépression suite à leur décision.

Ce sont des citoyens en souffrance. Jusque-là, la religion, la culture et l’identité ont été enchevêtrées dans leur vie. Que sont-ils, s’ils ne sont plus musulmans, d’autant que leur origine ethnique maghrébine ou africaine, leurs prénoms, font qu’ils sont régulièrement qualifiés de musulmans. « Que puis-je être, si ce que je suis ne me convient plus ? ». Qu’en est-il de ma liberté de conscience ?

Cette « errance identitaire » fait naître une soif de communication, mais avec des semblables. D’où l’attrait pour les réseaux sociaux, où ils s’expriment toujours de manière anonyme. Ils sont donc particulièrement séduits par cette communauté de frères, mouvement d’ailleurs embryonnaire, qu’est le Cercle des apostats, même s’il s’agit encore de se positionner par rapport à l’islam. Sonya Zadig craint que « ce cocon provisoire », qui devrait être « un passage », ne devienne « un habitat définitif ou une nouvelle identité tout aussi « enfermante » que celle qu’ils cherchent à fendre ».

Toutefois, ce nouveau « nous » apaise provisoirement leur angoisse et pourra être un chemin pour passer au « je », conclut-elle.

...

G. Bencheick : Islamologue de formation scientifique et philosophique
A. Djebbar : obtient le doctorat d’histoire des mathématiques, option histoire des mathématiques arabes de l’Occident musulman. Chercheur.

Note : Pour pouvoir intervenir sur les bateaux de pêche, dans certains pays islamiques, les techniciens concarnois doivent lire quelques lignes du Coran ; ainsi, les voilà musulmans pour les autorités du pays et donc autorisés effectuer leur travail ...

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Le débat a porté sur

 la rigidité de ces dogmes que portent certaines communautés ( juifs américains par ex.)
 les religions imposées dès l’enfance (cf. il y a 50 ans chez nous)
 certaines pratiques en hôpital psychiatrique
 le rôle de la mère
 l’apparition du livre et son incidence sur le protestantisme
 l’emprise de la religion sur l’existence toute entière
 d’un NOUS à l’autre
 nul ne peut forger son JE seul
 éducation et autonomie du sujet en son centre
 l’accueil de l’apostat par son environnement

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