Madame, vous n’avez pas le droit

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Pour la réunion du 20 mai, par MLM

A partir du livre de Delphine Girard "Madame, vous n’avez pas le droit" J.C. Lattès août 2025

Le sujet de ce soir tombe "à pic" avec la projection du film « L’abandon » à Cannes hors compétition ( Film de Vincent Garenq, auquel a participé Mickaëlle Paty pour le scénario, la sœur de Samuel Paty !)
« De cette histoire atroce, de la malveillance, de l’indifférence dont fut victime S. Paty, le film dit, par son titre même, la poignante réalité existentielle : celle d’un homme qui se retrouve lâché, abandonné de tous, du moins de ceux qui auraient pu contribuer à le sauver » Le Monde du 15 mai. Ce film me semble-t-il a une valeur pédagogique, une valeur curative => à projeter dans les collèges !

La critique du Nouvel Obs de cette semaine : « Un beau film rigoureux tenu sur un membre d’une profession qui tente au quotidien de tenir coûte que coûte la promesse républicaine et ne cesse depuis de compter ses disparus. »
C’est aussi ce qui ressort de ce livre de Delphine Girard : « Madame, vous n’avez pas le droit ».

D. Girard est agrégée de lettres classiques, professeur dans un collège du Val de Marne, engagée dans la défense de la laïcité au sein du Comité Laïcité République et du Conseil des Sages de la République. Comme le dit la sociologue Dominique Schapper, membre du Conseil Constitutionnel de 2001 à 2010, et qui en a fait la préface : « C’est une hussarde de la République ! »

Elle dévoile dans ce livre, dans ce témoignage sans concession, la réalité de ce qui se joue en classe et pose un cap clair pour l’éducation de notre jeunesse.

Fille d’ouvriers immigrés, elle sait, plus que d’autres, qu’elle doit tout à l’école républicaine et laïque et depuis qu’elle y enseigne, elle s’efforce de transmettre avec conviction l’esprit critique et l’universalisme. Mais comment accomplir cette mission depuis le 16 octobre 2020 ? Elle ne s’attendait pas, dit-elle à devenir "une vigie de l’école républicaine" !

En 2015, elle se frotte aux premières contestations d’élèves, au communautarisme.

Cette phrase « Madame vous n’avez pas le droit » a résonné pour la première fois dans sa salle de classe ces dernières années ; elle l’a entendue pour la première fois, elle avait 25 ans et enseignait pour la deuxième année de sa carrière dans un lycée de Meaux. Une phrase comme une injonction édictée par ses élèves, au détour d’un cours d’éducation civique évoquant les valeurs de la République : laïcité, liberté d’expression, esprit des Lumières, universalisme, ... dans une classe de 1ère STI (sciences et techniques industrielles), une classe assez dure, avec 80% de garçons. Avec l’imprudence de sa jeunesse (d’aucuns aujourd’hui diraient inconscience), elle leur présentait un extrait de Zadig de Voltaire et leur expliquait que Voltaire tournait en ridicule les rites et les croyances d’une religion orientale lointaine, derrière laquelle se cachait à peine le catholicisme et « avec lui toutes les religions révélées » ; elle continue en leur disant « Vous avez le droit de ne pas être d’accord avec Voltaire, à condition d’expliquer pourquoi ! ».
Ainsi commençait une séquence sur l’argumentation. « Il est difficile, dit-elle, d’expliquer à certains jeunes imprégnés d’inculture familiale, très majoritairement à l’égard de l’école, que j’ai non seulement le droit, mais le devoir de leur enseigner la pensée des Lumières, fut-elle choquante pour eux ! ».
On peut, c’est vrai, comme Voltaire, rire de tout ce que les gens font, disent ou pensent, mais pas de ce qu’ils sont, car là commence le racisme !

« Après 2015, dit-elle, les échanges sont devenus clairement plus compliqués sur toutes les thématiques. C’est l’anti charlisme, cette identité de groupe nouvelle, forte comme le sont les effets de mode et galvanisante comme l’est le sentiment d’appartenance chez les jeunes, coupant l’école en deux : eux et nous : les élèves, leurs familles, leurs valeurs que nous ne pouvions comprendre, leur vérité… et les profs, l’institution, hostile puisqu’elle défendait l’action d’« islamophobes ». Ils étaient nombreux à penser : qui sème le vent, … »

« Voilà l’enjeu de la vocation d’enseignants : faire comprendre à ces jeunes que la liberté d’expression ne relève pas de notre culture, qu’elle n’est pas une valeur occidentale ni l’instrument de suprématie culturelle, mais un GARANT universel de vivre ensemble. Que partout les hommes pour vivre en paix, doivent pouvoir échanger librement, se contredire, se railler, se convaincre, chercher ensemble des chemins vérité. C’est cela devenir adulte, devenir citoyen ! »

« C’est cette liberté que l’école républicaine offre à tous les enfants de France quel que soit leur milieu d’origine afin de devenir un penseur libre ! C’est l’école qui leur permet d’échapper à leurs déterminismes tribaux, sociaux, et culturels. Donc ne pas céder, parler, ne pas censurer, débattre, ne pas ployer face à l’injonction de se taire ou d’éviter des sujets dits sensibles, pas d’autocensure et éviter à tout prix le « pasdevaguisme » (un mot que j’aime bien !).

« Protéger avec force l’enceinte de l’école, tenir ferme sa position sur les remparts de ce que la philosophe Catherine Kintzler appelle « l’espace de respiration laïque », l’identité relève de l’acquis et non de l’inné (non seulement dirai-je ), de choix faits en conscience non d’hérédité, c’est une affaire de liberté ».

Pour D. Girard, "la lâcheté institutionnelle de l’Education Nationale qui a longtemps fait de l’omerta la seule réponse aux pressions que subissaient les professeurs, est, espère -t-elle, derrière nous, mais il faut en être sûr ! « C’est pour cela qu’il faut former les professeurs pas seulement ceux d’E.M.C., il faut rapidement que plus aucun, quelle que soit sa matière, ne se trouve démuni, face à une classe !"

Pour démontrer par exemple que la loi de 2004 les protège, que la laïcité n’est pas particulièrement l’ennemi de l’islam, que la liberté d’expression permet le droit d’emmerder Dieu mais aussi d’emmerder les emmerdeurs de Dieu à coups de verbe et c’est en cela qu’elle est juste ! »

« L’ère des réseaux sociaux, de l’identitarisme, du radicalisme, de l’aveuglement religieux et du complotisme conduit au refus de la science, à la défiance à l’égard de l’institution et du sachant, le refus de l’universalisme, le parti pris historique du prisme dans l’affrontement racial et surtout la perméabilité des jeunes (ce sont des éponges dirai-je) aux discours de tous ordres, de vrais ventriloques d’idéologies pyromanes ou de politiques. « Comment empêcher, dit -elle , la pression communautaire, l’honneur des frères et des cousins, la loi du plus fort d’imposer aux unes le port du voile , la police du vêtement et aux autres le jeûne et la prière, à tous le repli identitaire et bientôt aux enseignants le renoncement à certaines parties de leur programme scolaire ? ».

La laïcité est effectivement réduite à une politique clivante, un étendard contre un repoussoir liberticide ! D. Girard désire faire de la laïcité une grande cause nationale et aimerait, dit-elle, un secrétariat d’Etat inédit dévolu à la laïcité, car après la mort, les assassinats de S. Paty et de Dominique Bernard car « les fanatiques ont bien compris que l’école était notre bien le plus précieux, et notre éducation émancipatrice, leur ennemi le plus redoutable « Tout le monde connaît les statistiques décrivant l’importance du rigorisme chez les jeunes, la volonté d’imposer les lois religieuses à l’école, un enseignant sur deux s’autocensure ; la religion, la sexualité, le sport, l’éducation civique et morale, l’égalité fille-garçon , tout est devenu sujet de contestation ! D. Girard dit que « cela a transformé l’enseignement en militantisme », « mais la laïcité n’est pas un catéchisme républicain ! », « et de regretter qu’une certaine gauche ait abandonné cette valeur républicaine par électoralisme et clientélisme, avec une jeunesse dubitative et très poreuse !

Ce livre est un plaidoyer à la résistance, au refus de baisser les bras, car il en va de l’avenir de notre jeunesse et de notre société.

LES DEBATS (extraits)

Mj rappelle que l’école n’est qu’un élément de la société ; elle en est le miroir. Les enfants reçoivent énormément de stimuli aujourd’hui. Elle ne peut pas tout faire toute seule. L’école n’est plus celle du 19 ème siècle. Nous focaliser sur l’école est un combat d’arrière garde. Les valeurs de la République et notamment sa devise liberté , égalité , fraternité doivent être défendues partout comme nous le faisons ici dans notre association, mais aussi dans d’autres domaines y compris au sein des entreprises. L’élève d’aujourd’hui passe plus de temps sur les réseaux sociaux qu’à l’école ! Le combat n’est-il pas déjà perdu comme cela semble être le cas en Algérie ?

MD Les adultes sont responsables. Rien n’est perdu. Le code de l’enseignement est important. Ne soyons pas défaitistes.

Cl au cœur de notre sujet : la République. Les discours du moment évitent de parler laïcité ; ils glissent vers la tolérance. A l’école, le relativisme gagne du terrain, y compris dans le domaine de la laïcité. Par exemple, la tolérance et la loi de séparation sont de plus en plus mis en parallèle. L’école fait donc partie du combat qu’il faut mener.

P.B. cite l’article 111-1 du code de l’éducation : "Outre la transmission des connaissances, la Nation fixe comme mission première à l’école de faire partager aux élèves les valeurs de la République."
Partager : les faire connaître ne suffirait-il pas dans un premier temps ?

B Si ce n’est plus le cas, c’est notre modèle républicain qui s’effondre.

L’école est (ou doit être ) un espace de "respiration laïque " Catherine Kintzler

Ma Précédemment, le professeur était le sachant ; le critiquer était mal venu. Aujourd’hui, face aux flots d’informations, l’esprit critique devient de plus en plus nécessaire.
Les attaques contre notre modèle de société viennent de partout. Les attaques contre la culture sont nombreuses y compris à l’assemblée Nationale (cf le commission d’enquête sur l’audiovisuel). L’éducation publique ne s’arrête pas à l’école !

P.B. On ne naît pas citoyen.

El fait un pas de côté et souligne combien l’indépendance de l’audiovisuel est central à notre époque. Ne faudrait-il pas réinstaurer la redevance ?

NZ. pointe le fait que les présidents d’universités ne sont plus élus, mais nommés

MD. s’insurge contre la reprise en main des universités par les politiques et la limitation de la liberté académique

El. évoque les démarches d’entrisme dans toutes sortes de domaines. Quelles forces de rappel face à ces situations ?

Hu. Les étudiants revendiquent à partir de groupes informels. Les syndicats se sont très affaiblis.

R. pointe l’entrisme des entreprises dans l’université et le temps des étudiants en alternance en entreprise qui a triplé

Le livre de D. Girard traite d’autres sujets (homosexualité, ...). D’un accès facile, il mérite d’être consulté tant il est agréable, accessible et stimulant intellectuellement.

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