Intervention au colloque de EGALE (jv. 2016)

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La question qui nous a été posée est toute simple : Que faites-vous à Concarneau ?
Qu’est-ce qui marche ? Qu’est-ce qui ne marche pas ?

Présentation de notre activité au Sénat, le 30 janvier 2016

Notre contexte : Nous sommes en Bretagne, et historiquement, les instances religieuses ont toujours exercé une forte emprise sur la société … même si le « catholicisme bleu » était présent par endroits.
Notre groupe ? Une section d’une amicale laïque locale (association qui a + de 75 ans), Une association de type « éducation populaire » qui propose diverses activités.
Association qui fut proche de l’école, qui ne l’est plus, en lien depuis 3 ans avec EGALE.

Histoire, naissance du groupe
AG ALC 2002 :
« Où en sommes-nous, question laïcité ? Nous qui nous autorisons à prendre des positions publiques en son nom ?

…Et je développais ceci à l’époque :
… Les conflits d’idées, dans le monde, prennent des formes de plus en plus violentes ; l’Europe se construit : le fera-t-elle en écartant l’idée de laïcité ? Nos hommes politiques, à tous niveaux, ont tendance à « oublier » qu’ils sont les élus d’une république laïque ...
Où en sommes-nous nous-mêmes ? Voilà la première question que je posais, non pas pour juger ou critiquer ce qui avait déjà été fait, mais pour regarder devant, pour pouvoir appréhender aussi sereinement que possible les années à venir.
En 2005, le pays va célébrer le centenaire de la loi de séparation des églises et de l’état, et nous serons interpellés. Y sommes-nous prêts ? … »

C’était un appel à une réflexion qui devait aboutir à la rédaction d’un écrit commun. Des membres du CA et des DDEN y ont répondu, pour 2-3 réunions au départ, le temps de rédiger le référent commun. 13 ans plus tard, la réflexion se poursuit … ! Car les objectifs ont évolué :
-  Il s’agissait d’abord, au sein de l’association, d’être à même de produire des référents communs pour nos débats internes, comme pour nos prises de position publiques.
-  Dans un second temps : nous avons pensé nécessaire de renforcer ces bases pour qu’elles soient suffisamment solides et étayées afin de répondre au plus juste aux sollicitations extérieures (associations, établissements scolaires …)
-  Dans un troisième temps : nous nous sommes attachés à rendre accessible au tout venant la notion de laïcité. En quelque sorte, nous tentons d’établir une passerelle entre les théoriciens de la laïcité et le citoyen ordinaire, en regard de sa vie au quotidien.
La méthode de travail utilisée :
-  Essentiellement une mutualisation de nos connaissances. La règle : chacun planche à son tour sur un thème de son choix, la laïcité restant notre fil rouge.
-  S’y ajoute un travail de recherche, sur des thèmes très divers : laïcité et USA par exemple … et en particulier sur l’histoire locale au début du 20ème siècle. C’était comment, à notre porte, avant la loi de 1905 ?
-  Une réflexion théorique chaque fois que nécessaire, en référence à des situations concrètes, d’actualité le plus souvent … le tout sous forme d’exposés suivis de débats,
-  Il nous arrive de faire appel à des personnalités compétentes sur certains sujets (les obsèques civiles, la fin de vie, le créationnisme …)
4 remarques :
-  durant 13 ans, l’actualité nous a fourni matière à réflexion, sans discontinuer
-  comme souvent, une bonne part de la richesse de nos travaux s’est située dans les débats
-  La venue de militants chrétiens progressistes au sein du groupe nous a beaucoup apporté (secrétaire de l’OCL et chef d’établissement catholique)
-  Il y a 5-6 ans, nous avons réalisé combien la question du vocabulaire était primordiale (et très maîtrisée chez certains adversaires de la laïcité.)

Ce qui ne marche pas :
-  Le groupe connaît d’énormes difficultés à se renouveler. Pas de jeune … et les nouveaux venus ont beaucoup de mal à intégrer le groupe
-  nous n’avons que très peu de contacts avec les enseignants en fonction alors que le groupe compte un bon nombre d’anciens professeurs ou instituteurs.
-  Malgré les événements de 2015 et les directives académiques qui ont arrivées à flot dans les établissements scolaires, le nombre de demandes d’intervention reste limité (une dizaine de soirées laïcité + 6 interventions dans des classes).
-  Dans le même temps, l’école confessionnelle locale développe son impact sur la ville.
-  Notre bibliothèque est peu sollicitée.
-  Pas ou peu de lien avec les partis politiques

Ce qui fonctionne : le travail personnel
-  La perception du principe de laïcité a nettement évolué pour la plupart des membres du groupe. Avec en corollaire, 2 choses :
-  - pour nombre d’entre eux, une prise de conscience de l’emprise de la religion catholique sur leur manière personnelle d’appréhender la vie en société
-  un regard nouveau sur ce qui se passe autour de nous, tant au niveau local que national ou international
-  La constitution de bases de réflexion ; elles sont publiées en partie sur notre site, un site qui a été pensé comme une mise à disposition de nos travaux pour qui le souhaite. Ces publications sont à appréhender comme une réflexion en cours et rien d’autre (+ de 150 000 visiteurs en 2015).
-  Intéressants, les liens établis avec la LDH locale, les DDEN du département, la FCPE, certaines associations …
-  Une présence dans la cité (cf. rassemblements Charlie et 13 novembre au pied de l’arbre de la laïcité)
-  Une nouveauté : la circulation des informations concernant les questions laïques
-  Nos actions :
-  Soirées laïcité, à la demande, à partir du film La Séparation ou d’un exposé, le plus souvent : « Laïcité principe républicain »
-  Interventions classe : collèges – lycée (6) et pas au titre de la réserve citoyenne
-  Les célébrations de décembre : présence des politiques lors des cérémonies au pied de l’arbre et conférence organisée dans la semaine du 9 décembre avec des intervenants de niveau national …
-  même si … arbre brisé, puis vandalisé 3 fois

Ce qui nous apparaît :
Nos concitoyens, de tous bords politiques et à tous niveaux, nous semblent persuadés de maîtriser l’idée de laïcité. En fait, ils en ont chacun une représentation différente, particulière, partielle ou partiale souvent.
Le problème auquel nous nous heurtons, c’est qu’ils n’entendent pas la questionner à nouveau, comme si cela pouvait les mettre en danger, les exclure de leur communauté non pas spirituelle comme on pourrait le penser, mais leur communauté de voisinage !

A nos yeux, un énorme travail de pédagogie reste à faire, à commencer du côté des enseignants …. Et de nombre d’hommes et de femmes politiques de notre pays.

Voilà où nous en sommes en tant que groupement de citoyens, bien isolés au bout du monde, avec nos petits moyens et notre énergie … une énergie qui commence néanmoins à s’émousser.

P. B.

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