Racialisme

Le regard d’une chrétienne militante sur ce phénomène qui se développe.

Le racialisme : un danger pour la laïcité et pour la nation.

Le 15 septembre 2019 est relayé par le site Secularism is a Women’s Issue un article au titre provocateur : « Rokhaya Diallo dans les pas de Jean-Marie Le Pen. » Je découvre que le négationnisme le plus éculé refait surface par le biais d’une journaliste, animatrice de radio, membre de l’association Les Indivisibles, par ailleurs en lien avec le Parti des Indigènes de la République. Les dégâts causés par la mouvance des racialistes dont elle est l’une des porte-parole deviennent insupportables.

Avant de présenter ce courant (de pensée... mais aussi d’actions incompatibles avec l’idéal républicain), je cherche à comprendre comment une militante associative qui a réussi à se faire attribuer le « Prix de la lutte contre le racisme et la discrimination du Conseil pour la Justice, l’Egalité et la Paix » (avec quels soutiens ?) peut estimer – selon les propos lus dans l’article évoqué précédemment - « il n’y a pas eu de génocide juif, parce que les juifs n’ont pas été exterminés en tant que groupe ... Les juifs n’ont pas été anéantis en raison de la couleur de leur peau ». L’emploi du terme génocide dépendrait donc de l’aspect des êtres humains ! Stupide. Qu’en pense la journaliste Zineb El Rhazoui (il est vrai très critique de cette mouvance) ? « Nier l’extermination des juifs (en tant que groupe), c’est nier la qualification même de génocide. Les propos négationnistes de Rokhaya Diallo doivent alerter sur les dérives idéologiques graves qui animent la mouvance racialiste dont elle est la porte-parole. »

Qu’est donc le racialisme ? C’est un courant de pensée (distinct du racisme) apparu en Europe au milieu du XXe siècle. Il prétend expliquer les phénomènes sociaux par des facteurs héréditaires et raciaux.

Le politiste Laurent Bouvet a dénoncé sans ambigüité cette pensée. D’après le site Wikipédia, il « estime que l’attitude de Rokhaya Diallo dans les débats en ligne illustre la différence fondamentale entre l’humanisme universaliste et l’identitarisme différentialiste ... Pour le second, un « homme blanc » est toujours déjà coupable, alors qu’une « femme noire » est « par essence » une victime. Toujours sur Wikipédia, on apprend qu’en 2017 Rokhaya Diallo déclare approuver l’organisation de camps d’été dont certains ateliers sont ouverts à « toute personne qui n’est pas blanche » ; elle se justifie en évoquant la volonté de « se retrouver entre personnes victimes de violences racistes, l’espace de quelques heures, de manière apaisée ». Elle revendique la non-mixité comme un outil politique utile aux causes antiracistes et féministes.

Dans un article du 12 septembre 2019, Guilain Chevrier évoque la Ligue de défense noire africaine qui « prône la violence contre tout ce qui n’est pas noir ». Il rappelle que « la lutte contre le racisme n’a pas de camp, pas de couleur, c’est une conviction, des idées, un sentiment de fraternité, alors qu’on veut nous convaincre qu’il faudrait être noir pour être antiraciste, comme minorité opprimée, et blanc pour être potentiellement raciste. Ce n’est rien que le danger d’un racisme à l’envers ».

Cette mouvance racialiste* est aussi portée par le « décolonialisme » dont la stratégie hégémonique a été dénoncée par un appel de 80 intellectuels publié dans Le Point afin d’en dénoncer objectifs et manœuvres. Avant même d’aborder les motivations de l’appel, il me semble important de reproduire (voir ci-dessous) la liste des groupes mis en cause, car certains ont acquis un regard bienveillant de la part de citoyens qui se laissent abuser par un patronyme attirant, laissant croire que leurs objectifs sont au-dessus de tout soupçon.

Objectifs de ces groupes : Contrer l’universalisme républicain par la défense du « racialisme, ségrégationnisme (selon la couleur de la peau, le sexe, la pratique religieuse). » Ils « dénoncent ... le racisme d’Etat qui sévirait en France ».

Stratégie de ces groupes : L’appel précise qu’elle « consiste à faire passer leur idéologie pour vérité scientifique et à discréditer leurs opposants en les taxant de racisme et d’islamophobie. D’où leur refus fréquent de tout débat contradictoire, et même sa diabolisation. D’où également, l’utilisation de méthodes relevant d’un terrorisme intellectuel... Des intellectuels « non conformes » sont mis sous surveillance ... Leurs idées sont noyées dans des polémiques diffamatoires, des propos sont sortis de leur contexte ... Parallèlement au harcèlement sur les réseaux sociaux, utilisés pour diffuser la calomnie, ces « anti-Lumières » encombrent de leurs vindictes les tribunaux de la République.

Sont particulièrement touchés « nos institutions culturelles, universitaires, scientifiques »... « Colloques, expositions, spectacles, films, livres « décoloniaux » réactivant l’idée de race, ne cessent d’exploiter la culpabilité des uns et d’exacerber le ressentiment des autres, nourrissant les haines interethniques et les divisions. »

Bien entendu, la laïcité est l’une des bêtes noires de ces « militants » qui revendiquent souvent une position à gauche de l’échiquier politique. Est particulièrement réclamée la suppression de la loi qui interdit le port des signes religieux ostentatoires au sein des collèges et lycées pour que le « voile » ait droit de cité. Victime récente de cette « chasse aux sorcières » le philosophe Henri Pena-Ruiz a été confronté aux procédés cités (expression sortie du contexte, utilisation des réseaux sociaux, accusation de racisme). Ses protestations répercutées par la presse semblent avoir accru sa notoriété. Mais cela montre aussi qu’en l’espace de quelques heures, une médisance peut anéantir la réputation d’une personne, aussi intègre et compétente soit-elle.

Il me semble que les islamistes seront les premiers à tirer les marrons du feu de ces revendications abusives faites au nom de motivations religieuses ou politiques. La multiplicité de réseaux qui ont réussi à se faire une place au soleil dans notre société alors qu’ils se revendiquent d’une appartenance à l’islam ne doit pas leur déplaire ; les citoyens de confession musulmane qui n’ont rien à voir avec le racialisme seront peut-être les victimes les plus nombreuses à cause des amalgames possibles.

Que l’unité de la nation puisse voler en éclats saute aux yeux. Comment garder le sens du « commun » quand c’est le « communautaire » qui veut faire la loi (au sens propre et au sens figuré) ? Lors des prochaines élections, n’allons-nous pas voir fleurir les listes « réservées aux musulmans » ? Des citoyens, de toute option philosophique ou religieuse, défendent les groupes racialistes en prétextant des conditions de vie stigmatisantes. On peut essayer de trouver des solutions en dehors du chemin du racialisme.

Monique Cabotte-Carillon

* Parti des Indigènes de la République, Collectif contre l’islamophobie en France, Marche des Femmes pour la dignité, Marches de la dignité, Camp décolonial, Conseil représentatif des associations noires, Conseil représentatif des Français d’outre-mer, Brigade antinégrophobie, Décoloniser les arts, Les Indivisibles (Rokhaya Diallo), Front de mères, collectif MWASI, collectif Non MiXte.s racisé.e.s, Boycott désinvestissement sanctions, Coordination contre le racisme et l’islamophobie, Mamans toutes égales, Cercle des enseignant.e.s laïques, Les Irrécupérables, Réseau classe/genre/race.

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